Autres vies, autres lieux
J'ai été fortement influencée par plusieurs artistes.
Mes pérégrinations dans divers pays m'ont permis de visiter de nombreux musées et m'ont dirigée vers celui qui deviendra mon maître « Kandinsky »
Après avoir reproduit les œuvres de plusieurs grands peintres et essayé de ressentir leur émotion, j'ai découvert mon propre style.
L' Abstrait, la couleur et les lignes pures.
La couleur exige un plan pour obtenir une unité d'expression. La mobilité de certaines couleurs et l'immobilité des autres.
La couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude.
L'abstrait et la couleur vous emmènent dans le monde de l'irréel. « Tout est en tout » , la passion, l'action et la lumière.
Avec le temps je me suis détachée de ces formes un peu rébarbatives, délivrée par l'improvisation inconsciente, j'ai retrouvée la « nature intérieure », où il n'y a plus de limites.
Les différentes facettes de mon art et de mon imagination me transportent dans plusieurs domaines, des lieux où je ne m'ennuie pas et où je peux donner libre cours à mon tempérament.
L'Australie est devenu mon second pays de cœur
Les nombreux voyages que j'y ai effectué m'ont révélé un autre art le "Dot Art"
Gisèle Gygax explique avec enthousiasme en quoi réside l'art aborigène d'Australie qui consiste à faire tomber d'un mince bout de bois, des gouttes rondes et pleines faites de pigments autrefois naturels.
Chaque couleur représente un élément de la nature.
Les grandes fresques sont non seulement une peinture, mais plus encore; les aborigènes entrent en dialogue et communiquent avec l'esprit de leurs ancêtres, ils racontent les aventures de la création du monde, de la terre sur laquelle ils vivent, ils laissent des signes, préviennent, racontent un événement, y parlent de la nature.
Lieu de transmission, le dessin prend des fonctions multiples, entre autres, il permet de toucher du doigt le monde invisible.
A moins d'y être autorisé, pour ne pas devenir un voleur d'esprits, on ne reproduit pas un dessin qui est un concentré de symboles sacrés et uniques
Gisèle Gygax sur qui le pinceau du temps semble être resté suspendu sur un visage encore presque adolescent, raconte cette rencontre magnifique avec un peuple qu'elle admire et qu'elle a appris à connaître et à respecter.
De Montmartre à l'Australie, la Parisienne de la distance, n'en a fait qu'une bouchée.
Durant deux ans, de 2013 à 2014, elle a eu la chance de vivre avec une famille aborigène au centre d'une réserve à Broome WA, dans une caravane.
Assise par terre, dans un grand hangar à avions proche de la communauté, elle peignait avec Evie qui lui permit de reproduire leurs figures sacrées.
Entre décollages et atterrissages, elle retrace les formes mystérieuses, découvrant une culture si proche de la nature, en symbiose avec elle.
Mais tu sais, ce qui m'a le plus interpellé, me dit-elle avec prudence et en murmurant comme pour ne pas réveiller cette nostalgie d'un autre temps : "c'est la tristesse au fond de leur regard, les aborigènes sont tristes même si leur peinture est vive et colorée, il y a quelque chose de douloureux au fond d'eux."